RDC : 2015, ni élections, ni dialogue


Le président Joseph Kabila et le Cardinal Monsengwo, lors des consultations nationales

Le président Joseph Kabila et le Cardinal Monsengwo, lors des consultations nationales

L’année 2015 s’en va, sans avoir atteint ses promesses, notamment la tenue du premier cycle de scrutins prévu dans le calendrier électoral global du 12 février 2015 et la tenue du dialogue politique, promis par le chef de l’Etat. En sera-t-il encore le cas en 2016 ? Dans l’opinion, on se pose des questions, craignant le pire en cette nouvelle année.

Débutée dans la fièvre électorale avec, dès le mois de janvier 2015, le projet controversé de révision de certaines dispositions de la loi électorale, l’année 2015 n’a pas été à la hauteur des espoirs suscités. Certes, la révolte populaire des 19, 20 et 21 janvier 2015 a sensiblement fait évoluer les choses, mais les effets n’ont été que de courte durée. La publication, le 12 février 2015, du calendrier électoral global n’a pas non plus influé sur la poursuite du processus électoral.

Pourtant, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) était confiante en sa capacité d’exécuter toutes les échéances retenues dans le calendrier électoral de février 2015. Au bout du compte, aucune de ses prédictions ne s’est réalisée. Prise en étau par des mains politiques obscures, la Céni n’a pas été en mesure de répondre aux attentes du peuple en cette année 2015. Elle a échoué sur toute la ligne.

Le report sine die des élections provinciales, couplées aux municipales, locales et urbaines, initialement prévue en octobre 2015, a été le signe précurseur d’une Céni en perte de vitesse. Elle a encore étalé son incapacité en jetant l’éponge dans l’organisation des élections des gouverneurs dans les 21 nouvelles provinces issues du démembrement, ouvrant ainsi la brèche à la nomination des commissaires spéciaux par ordonnance présidentielle.

La longue maladie de l’abbé Malumalu a joué en défaveur de la Céni. La fronde qui est née dans la Majorité présidentielle, porté par ce qui deviendra plus tard le G7, a compliqué davantage l’équation électorale. Devant l’imbroglio politique, la Céni s’est retrouvée totalement fragilisée. Le départ précipité de son vice-président, estampillé PPRD, suivie de la démission, dans les mêmes conditions, du questeur, issu du MSR, parti membre du G7, a plongé la Céni dans l’incertitude la plus totale.

Dans ces conditions, il était difficile pour la centrale électorale de se conformer à son calendrier électoral de février 2015. Tout avait volé en éclats.

Au crépuscule de l’année, le constat est amer. Les élections promises en 2015 n’ont pas été tenues. Tout est à refaire. Le nouveau président de la Céni, Corneille Nangaa, ne s’en cache pas. Il ne s’empresse pas de publier un autre calendrier électoral, estimant que l’urgence est d’amener auparavant toutes les parties à un compromis. Qu’est-ce à dire ? En réalité, la Céni est démunie. C’est une coquille vide. Sans boussole, elle navigue à vue. C’est donc sans surprise qu’elle n’a pas été en mesure d’amener le peuple aux élections promises en octobre 2015. Que dire alors du dialogue politique proposé pour un processus électoral sûr et apaisé ?

Le dialogue à deux vitesses

La mauvaise foi des uns et des autres a finalement poussé le processus électoral à la dérive. D’un côté, la Majorité au pouvoir a condamné la Céni à la disette, noyautant en même temps la mise en œuvre du calendrier électoral du 12 février 2015. De l’autre côté, l’Opposition, tout en redoutant le même calendrier électoral, est tombée, sans s’en rendre compte, dans le piège du pouvoir. Dans ce jeu funeste, c’est la Céni qui est sortie grand perdant. Elle porte une grande responsabilité dans la dérive du processus électoral.

Aujourd’hui, la relance du processus électoral passe par le dialogue politique, proposé par le chef de l’Etat, Joseph Kabila. La Majorité présidentielle (MP) a fait du dialogue son cheval de bataille. Pour elle, ainsi que l’a fait savoir son autorité morale dans son message du 28 novembre 2015, le dialogue reste le passage obligé pour réussir le processus électoral, probablement en 2016. Si la Majorité croit en la sincérité de Kabila, dans l’Opposition, l’on craint que le dialogue ne soit qu’une passerelle qui conduise droit au glissement du cycle électoral.

Promis en toute urgence par le chef de l’Etat, jusqu’à la signature le 28 novembre 2015 d’une ordonnance présidentielle en fixant le cadre, le dialogue politique n’a pas pu se tenir en 2015. Selon certaines indiscrétions, de profondes divergences subsistent entre les parties. Des observateurs les plus avertis estiment que la volte-face de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi, suivant les propos contenus dans sa lettre du 1er décembre 2015, a fait dérailler le train du dialogue. Pour le moment, tout est à refaire.

C’est des Nations unies que pourrait venir le sauvetage. L’entrée en lice de Saïd Djinnit, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies dans les Grands Lacs, pourrait bien remettre le dialogue sur le rail. La Majorité y croit toujours, au moment où une frange de l’Opposition, qui s’est constituée autour du « Front citoyen 2016 », a pratiquement tourné le dos au dialogue.

Face à l’impasse, les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) ont décidé de s’impliquer pour éviter à ce que la situation ne s’enlise. Depuis le mardi 29 décembre 2015, la Cenco, s’appuyant sur le dernier appel du Pape François, consulte les différentes parties au dialogue. Elle a conféré, mercredi 30 décembre 2015, avec le président de la République, Joseph Kabila. Rien n’a filtré de cet ultime entretien que, selon des sources proches du clergé, aurait été initié par le chef de l’Etat.

C’est la preuve qu’on n’est plus loin d’une décrispation. Le dialogue reste encore possible. Quant au format et à son contenu, on n’en sait rien pour l’instant. C’est cela la pomme de discorde. En attendant, l’Eglise catholique a décidé d’offrir ses bons offices pour un consensus et un compromis autour du dialogue.

A tout prendre, l’année 2015 a été celle de tous les ratés. Aucune promesse n’a été tenue. Les élections et le dialogue ont répondu aux abonnés absents. Espérons qu’il n’en sera pas le cas en 2016.

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