RDC : affaire fosse commune, Human Rights Watch hausse le ton


Fosse commune de Maluku où 421 personnes ont été enfouies le 19 mars 2015 (Photo: HRW)

Fosse commune de Maluku où 421 personnes ont été enfouies le 19 mars 2015 (Photo: HRW)

L’Ong de défense des Droits de l’homme Human Rigths Watch (HRW), appelle les autorités congolaises à « exhumer les corps enterrés dans une fosse commune » de Maluku.

« Les autorités de la RDC devraient sans tarder et de manière appropriée, exhumer les corps enterrés dans une fosse commune qui pourrait contenir les cadavres de victimes de disparitions forcées ou d’exécutions commises par les forces de sécurité congolaises », estime Human Rights Watch (HRW), dans un communiqué publié lundi 08 juin 2015 à Kinshasa.

Selon HRW, « les autorités devraient effectuer immédiatement une opération d’exhumation en bonne et due forme, avec l’aide d’experts internationaux ». Car, relève le communiqué, le 5 juin 2015, les familles de 34 victimes ont déposé une plainte publique auprès du Procureur général de la République, réclamant justice et l’exhumation des corps inhumés dans cette fosse, située à Maluku, une zone urbano-rurale située à environ 80 Km de la capitale, Kinshasa.
« Deux mois après la découverte de la fosse commune à Maluku, les autorités congolaises n’ont toujours pas fait la lumière sur l’identité des personnes qui y sont enterrées », a déploré Ida Sawyer, chercheuse senior sur l’Afrique à HRW. « Les familles de victimes de violations des droits humains ont le droit de savoir si leurs proches sont parmi les personnes ensevelies dans cette fosse », insiste-t-elle.

Effectuer des analyses d’ADN

HRW souhaite que « des gouvernements étrangers et l’ONU appuient cette investigation, en fournissant des experts en médecine légale qui seraient chargés d’aider à exhumer les corps et d’effectuer des analyses d’ADN ». « Les circonstances inhabituelles de cet enfouissement de masse a accentué la crainte que ce cimetière soit utilisé pour dissimuler les corps de victimes d’abus commis par le gouvernement », selon l’Ong.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende a, au cours d’un point de presse, tenu lundi à Kinshasa, estimé que seuls les cours et tribunaux de la RDC peuvent exiger l’exhumation des corps pour raison d’enquête. Et qu’il n’appartient pas à cette Ong de « se substituer à nos Institutions », précisant que le magistrat chargé du dossier ne s’est pas encore prononcé dans ce sens.

Human Rights Watch croit savoir que « la découverte de la fosse commune est survenue dans un contexte de tensions politiques croissantes et d’une répression de plus en plus sévère à l’encontre d’activistes, de dirigeants politiques et d’autres personnes qui se sont opposées aux tentatives visant à permettre au président congolais, Joseph Kabila, de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats imposée par la constitution ».

421 corps inhumés

Le cimetière de Fula-fula à Maluku,  environ 80km de Kinshasa

Le cimetière de Fula-fula à Maluku, environ 80km de Kinshasa

Le 3 avril 2015, Évariste Boshab, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, avait reconnu que 421 corps avaient été inhumés dans ce qu’il a qualifié de « tombe commune ». Mais, que cette inhumation était une « procédure normale » et que les dépouilles étaient celles « d’indigents dont les familles n’avaient pas les moyens de financiers pour un enterrement classique ; de personnes décédées non identifiées et de bébés morts-nés ». Evariste Boshab avait affirmé, par la même occasion, que si des doutes subsistaient sur les identités des personnes enterrées dans la fosse, les corps seraient exhumés.

Cependant, à en croire HRW, « cet enterrement massif n’était pas une procédure normale ». Mais aussi, la pratique habituelle veut que les bébés morts-nés soient enterrés « le même jour ou dans les deux jours suivant le drame, soit dans des endroits réservés dans l’enceinte de l’hôpital, soit par les familles elles-mêmes dans un cimetière ». « Les corps de personnes indigentes et les cadavres non identifiés sont habituellement inhumés de jour dans des cercueils bon marché lors d’un enterrement digne dans l’un des cimetières de Kinshasa, si personne ne réclame le corps après l’annonce publique de sa découverte », explique HRW.

Ida Sawyer appelle le gouvernement congolais à « honorer sa promesse d’exhumer les corps et protéger adéquatement la fosse ». Ce, vu « le nombre croissant de plaintes en justice déposées par des familles dont certains membres ont disparu ». « Le climat politique en RDC à l’approche des élections de 2016 devient de plus en plus répressif », conclut la chercheuse. Ainsi, HRW invite les partenaires internationaux de la RDC d’« empêcher de nouvelles escalades de la violence et insister pour que les responsables de violations des droits humains soient amenés à rendre des comptes devant la justice ».

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