Les effets de la chute de l’euro pour les économies africaines


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La monnaie européenne est au plus bas. Et face à une telle dépréciation de l’euro sur les économies des pays africains, cette situation ne manque pas des conséquences. Dr. Noël Tshiani fait ici, mention de quelques effets de la chute de l’euro pour les économies africaines.

Il importe de faire la différence entre les pays africains utilisant le Franc CFA et ceux qui utilisent leurs propres monnaies nationales. Le Franc CFA est lié à l’euro dans un rapport fixe (1 Euro égal 655,957 francs CFA). La convertibilité du franc CFA est garantie par le Trésor français.

Selon Dr. Noël Tshiani, « parce que le franc CFA est arrimé à l’euro par un rapport fixe, la chute de l’euro a, sur les pays africains membres de la zone CFA, les mêmes conséquences que sur les pays européens de la zone euro ». Par conséquent, indique-t-il, « une baisse de l’euro va permettre aux économies de la zone CFA d’augmenter leurs exportations ».

Encore une fois, qui dit baisse de l’euro dit hausse du prix des importations payées en dollars par les pays membres de la zone CFA. C’est ainsi que « la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC) qui agissent par mimétisme à la BCE, devraient  alors permettre aux économies de la zone CFA de renouer avec un peu plus d’inflation importée », relève Noël Tshiani.

Mais, explique-t-il, « prendre avantage de la chute de l’euro et donc du taux de change du Franc CFA par rapport au dollar exige que les pays membres de la zone CFA aient une capacité de production suffisante et flexible pour augmenter la production intérieure afin d’exporter davantage ». « Mais dans la mesure où les exportations de ces pays sont en grande partie des matières premières brutes vers l’Union européenne (UE) et que la plupart des contrats sont en euro, il y a lieu de craindre l’absence d’un mécanisme adéquat pour prendre avantage d’une politique monétaire conduite ailleurs (par la BCE) et qui ne tient pas compte de la situation spécifique de chacun de ces pays africains », prévient l’économiste Tshiani. Il estime que « dans une certaine mesure, il faudra compter avec une éventuelle embellie du marché international des produits de base originaires de la zone CFA pour voir ces pays tirer davantage profit de cette compétitivité importée ».

Dollarisation du Franc congolais

En dehors de la zone CFA, les autres pays africains utilisant leurs propres monnaies nationales se trouvent dans des situations diverses. Noël Tshiani évoque le cas de la République Démocratique du Congo (RDC) qui utilise sa monnaie nationale (le franc congolais), mais dont l’économie est dollarisée à 95 pour cent.  Selon ce haut fonctionnaire de la Banque mondiale, « du fait de la dollarisation, 95 pour cent des dépôts bancaires sont libellés en devises étrangères (le dollar américain), la majeure partie des transactions bancaires se fait en dollar, et la plupart des contrats commerciaux sont libellés en ou indexés au dollar ».

Tshiani Noël pense que « de ce point de vue, la RDC, en tant que pays exportateur de matières premières, se trouverait, toutes choses égales par ailleurs, dans une position moins compétitive que celle des pays de la zone CFA ». Cependant, pour les matières premières dont il est le principal producteur en Afrique ou au monde, « la RDC peut  profiter actuellement de la chute de l’euro par rapport au dollar si ses exportations vers les pays de la zone euro demeurent libellées en dollar », soutient cet expert en économie monétaire.

Il est d’avis qu’ « une telle situation, même si elle profite à la RDC, ne devrait nullement nous faire perdre de vue qu’elle démontre une  fois de plus le fait que la RDC ne peut pas raisonnablement conduire sa politique monétaire de façon responsable et crédible sans avoir le contrôle sur la masse monétaire en circulation, mais subit les conséquences (bonnes et mauvaises) de la politique monétaire américaine du fait de la dollarisation à outrance de son économie ».

Auteurs de plusieurs ouvrages et articles scientifiques sur la dédollarisation, Noél Tshiani n’a cessé de souligner que « la dollarisation est mauvaise pour la RDC non seulement à cause de la perte des revenus de seigneuriage, mais aussi et surtout parce qu’elle ne permet pas à l’autorité monétaire de conduire une politique monétaire nationale crédible et responsable, et de jouer pleinement le rôle de banquier de dernier ressort en cas de crise bancaire ».

« Un programme sérieux de dédollarisation doit s’accompagner, dans un pays où  la part des capitaux nationaux dans les banques commerciales demeure insignifiante sinon nulle, d’une réforme profonde du système financier, de la banque centrale dans le sens d’une plus grande indépendance et responsabilité, et de l’économie pour redonner davantage de confiance au secteur privé et promouvoir l’actionnariat national dans le cadre d’une réforme du cadre légal et règlementaire qui rendrait l’environnement des affaires plus attrayantes et plus sécurisantes », souhaite-t-il.

Leçons à tirer

La chute de l’euro montre que les autorités monétaires d’un pays ou groupe de pays, peuvent déployer efficacement les instruments de politique monétaire disponibles pour atteindre les objectifs assignés à la banque centrale.

Dans le cas de l’Union européenne, la BCE a usé de la combinaison des taux d’intérêt bas et du programme de rachat des dettes publiques pour injecter de la liquidité dans l’économie, susciter la chute de l’euro dans le but de relancer la croissance économique, créer des emplois et réduire le chômage même au risque de provoquer la hausse des prix ou de l’inflation dans la zone.

Dr. Noël Tshiani pense que « la chute de la monnaie communautaire européenne illustre la nécessité pour un pays comme la RDC, de prendre son destin entre ses mains en se dotant d’une monnaie dont elle a effectivement le contrôle de sa politique ainsi que de la masse monétaire en circulation ». Il affirme que, « la politique monétaire est un levier important de la gestion d’un pays pour atteindre les objectifs ayant un impact sur le vécu quotidien de la population ».

« Pour un pays aux dimensions continentales, richesses naturelles immenses et avec une population nombreuse, je me permets encore une fois de plus, de relever la pertinence d’une monnaie nationale crédible comme étant l’un des préalables au développement économique et social équilibré », relève Tshiani. Car, dit-il, « aucun pays ne peut se développer en utilisant des monnaies étrangères dont il ne contrôle pas l’émission et la politique monétaire ».

En outre, « dans un pays où les salaires des fonctionnaires et des employés du secteur privé sont libellés en monnaie nationale, cette dernière devient l’élément principal de paupérisation si elle se déprécie constamment sur une longue période par rapport aux principales monnaies étrangères », poursuit-il.  « Je ne peux souligner suffisamment  l’importance de la gestion de la monnaie nationale et de la bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques dans un pays », a avoué l’économiste.

Il explique que, « les préalables de stabilité politique et de transparence dans la gestion de la chose publique, il est essentiel d’aborder avec sérénité et en profondeur les questions de réformes synchronisées de l’économie et de la finance (banque centrale, système financier national  et monnaie) qu’il convient d’amorcer simultanément avec les autres réformes multisectorielles (éducation, santé, énergie, transport, infrastructures, télécommunication, agriculture, tourisme, justice, affaires foncières, mines, fiscalité et environnement des affaires, Etat, administration, sécurité, police et armée) pour asseoir davantage la souveraineté nationale et créer les bases d’une croissance économique  soutenue, durable et inclusive dans le cadre d’une vision de développement jouissant d’une forte appropriation nationale ».

Pour conclure, Noël Tshiani pense qu’ « une économie inclusive est importante pour la paix sociale, pour le développement économique et social, et pour améliorer le niveau de vie de tous les 75 million de nos compatriotes, sans exclusion,  dans un Etat de droit, de respect de la vie humaine et de libertés individuelles ».

« Pour réussir, ajoute-t-il, il est primordial d’amorcer une lutte sans merci contre la corruption (dans ce pays où d’après Koffi Annan, 85 pourcent des ressources minières ne vont pas au trésor public, mais dans des poches privées), pour l’intégrité et la bonne gouvernance, et pour le respect absolu des lois en vigueur tout en traitant tous les citoyens du pays de la même manière quelle que soit leur province d’origine ».

L’économiste congolais considère qu’« en récupérant ces 85 pour cent des ressources minières qui sont subtilement détournées du trésor public, nous pouvons doter la RDC d’un budget conséquent de 72 milliards de dollars américains qui seraient suffisant pour financer le développement et avoir un impact sur le vécu quotidien de la population ». « C’est à ce prix que la RDC s’élèvera au rang de grandes nations et se mettra assidument sur le chemin du développement soutenu et durable », soutient-il.

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