Noél K. Tshiani propose une nouvelle approche pour crédibiliser la monnaie nationale


Dr. Noel K.Tshiani, économiste, fonctionnaire à la Banque mondiale à Washington

Dr. Noel K.Tshiani, économiste, fonctionnaire à la Banque mondiale à Washington

L’économiste financier congolais, Dr Noël  K. Tshiani, fonctionnaire à la Banque mondiale à Washington, s’insurge contre «le manque de vision pour la monnaie nationale, l’indiscipline monétaire et la dollarisation à outrance de l’économie » en République Démocratique du Congo (RDC).

La devise américaine représentant la masse monétaire la plus importante circulant dans le pays, il propose une nouvelle approche pour crédibiliser la monnaie nationale.

Publié aux éditions « de Boeck  » de Bruxelles, l’ouvrage « La bataille pour une monnaie nationale crédible continue à défrayer les chroniques des journaux nationaux et internationaux. Cette œuvre propose une feuille de route pour la « dédollarisation » de l’économie congolaise, considérant que « le lancement en 2012 des coupures de francs congolais à haute valeur faciale n’est pas un moyen efficace de lutter contre la dollarisation de l’économie de la RDC ».

L’auteur considère que le décret-loi 004 /2001 du 31 janvier 2001 autorisant la libre circulation du franc congolais et des devises étrangères  sur l’ensemble du territoire national est contraire à l’article 170 de la constitution de la Troisième République.

« Le Franc congolais est la seule monnaie ayant cours légal dans tout le pays. Lutter contre la dollarisation exige au préalable une harmonisation des textes juridiques, car l’existence de ce décret-loi  crée la confusion dans les esprits et donne un mauvais signal aux opérateurs économiques et au public  sur les véritables intentions et la capacité de l’institut d’émission pour bien mener la politique monétaire dans les limites des prescrits constitutionnels », déclare l’auteur.

A cet effet, l’auteur propose une réforme profonde de la Banque Centrale du Congo (BCC), du secteur financier, ainsi que de la monnaie nationale, « pour rétablir la crédibilité et créer la base d’une croissance économique durable », écrit-il.

Il propose un plan complet de réformes du secteur financier comprenant des actions concrètes, pouvant être mises en œuvre sur une période de dix ans pour transformer fondamentalement l’économie du pays et créer la confiance dans la monnaie nationale.

Après une profonde analyse de la situation économique de la RDC, le Dr Noël  K. Tshiani note que l’économie congolaise « est dollarisée à 95% », la devise américaine représentant la masse monétaire la plus importante circulant dans le pays face aux autres  monnaies dont le Franc Congolais, le dollar américain, l’Euro ainsi que les monnaies des pays voisins, notamment le kwanza (monnaie de l’Angola), le franc CFA, le Franc Rwandais, le Schilling Ougandais.

Pour le Dr Noel K. Tshiani, la « dollarisation » de l’économie congolaise favorise le blanchiment d’argent et appauvrit le pays, au bénéfice de la Réserve fédérale américaine, « qui encaisse des revenus de seigneuriage sur les billets de dollars circulant en RDC de l’ordre d’au moins  600 millions de dollars par an ». Cette somme perdue, intensifie le déficit d’exploitation de la BCC qui devient chronique depuis plusieurs années.

Noel K. Tshiani affirme également que la BCC « est incapable » de mettre en œuvre une véritable politique monétaire nationale, n’ayant aucun contrôle sur la masse monétaire circulant dans le pays.

« Une bonne illustration de cette incapacité est la disparité entre le taux directeur de la Banque central (environ 3% actuellement), et les taux d’intérêt commerciaux des banques commerciales qui vacillent entre 19 et 22 pour cent actuellement », explique Noêl Tshiani.

Si l’on en croit à cette explication de l’économiste, un tel écart est irrationnel et montre que les mécanismes de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent pas normalement en RDC, d’où la nécessité de réformer profondément et de façon synchronisée la banque centrale, le secteur financier et la monnaie. Donc, une approche parcellaire ne suffit pas.

« La vision  proposée par le Dr. Noel K. Tshiani pour la Banque centrale, le secteur financier et la monnaie nationale de la RDC est très ambitieuse, mais digne de considération « , note le professeur Christian de Boissieu.

Ce dernier pense que si cette vision est mise en œuvre, « elle pourrait transformer fondamentalement l’économie du pays et créer la base d’une croissance économique durable ».

Le professeur Christian de Boissieu est président du Conseil d’analyse économique auprès du premier ministre Français et professeur d’économie monétaire à l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne.

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